Comment est né REPCET ?

L’idée du principe de REPCET (REPérage en temps réel des CETacés) est née en 2004 suite au constat que les car-ferries se croisant sur les routes entre Corse et continent ne se communiquent pas les positions de cétacés qu’ils ont observés, ce qui permettrait de réduire sensiblement le risque de collision entre le navire et les animaux. En effet, ces collisions représentent la principale cause de mortalité pour le rorqual commun et le cachalot en Méditerranée.

Ce constat, réalisé par le Commandant Frédéric Capoulade (SNCM), Pierre Beaubrun (Ecole Pratique des Hautes Etudes) et Pascal Mayol (co-fondateur de l’association Souffleurs d’Ecume) a permis d’imaginer un système permettant aux navires de s’échanger en temps réel les positions de cétacés observés par les équipages. En 2007, une collaboration est initée avec la société CHRISAR Software Technologies et l’Université de Nice afin de développer le système et en 2010 une version expérimentale est mise au point, suivie l’année suivante d’une version opérationnelle, régulièrement mise à jour et améliorée depuis.

L’interface graphique de REPCET
Crédits: souffleurs d’écume

Le principe en quelques phrases

REPCET est un système informatique collaboratif permettant aux navires équipés de s’informer en temps réel des positions de cétacés observés sur leur route de navigation grâce à une communication satellite. Le principe de REPCET est simple : lorsqu’un cétacé est détecté par un officier de quart, il signale la position de l’animal en quelques clics. L’observation est envoyée à un serveur à terre qui stocke l’information et la redistribue en temps réel à l’ensemble des navires équipés de REPCET. Ceux-ci reçoivent la position sur une cartographie, et une zone de risque croît avec le temps autour de la position initiale afin de tenir compte des déplacements de l’animal. Lorsqu’un navire pénètre dans une zone de risque, il est recommandé d’augmenter l’effort de veille afin de repérer l’animal le plus tôt possible afin d’anticiper ses déplacements et, dans la mesure du possible, de réduire la vitesse.

Repcet à terre et embarqué

Il y a actuellement deux versions de REPCET :

la version «ship» est installée à bord des navires et permet de signaler des animaux autour du navire et en direct. Dix navires sont équipés de cette version :

  • les car-ferries Kalliste, Girolata et Piana de La Méridionale,
  • le câblier Raymond Croze d’Orange Marine,
  • le méthanier Global Energy de GDF Suez/Gazocéan,
  • le cimentier Capo Nero de la société SOMECA Transports,
  • un bâtiment de la Marine Nationale,
  • la vedette Mauve de la Direction Inter-Régionale de la Mer Méditerranée (DIRM Méditerranée),
  • le remorqueur Abeille Flandre de la société Bourbon (affrété par la Marine Nationale)
  • et un voilier privé utilisé à des fins de recherche ;

la version «shore» est installée sur un ordinateur fixe et permet d’entrer dans REPCET des positions de cétacés envoyées par des acteurs extérieurs au réseau (plaisanciers, opérateurs de whale-watching, scientifiques, etc.), quelle que soit la position et l’heure de détection. Cette version a été développée pour le CROSSMED qui relaie ainsi les observations transmises par les plaisanciers, ce qui en fait un des principaux contributeurs du réseau REPCET. Le Parc national de Port-Cros et Souffleurs d’Ecume sont également équipés d’une version «shore».

Le prix d’abonnement à REPCET

Il existe plusieurs configurations possibles, notamment selon le type de connexion (Antenne IRIDIUM ou internet permanent à bord) et de matériel fourni (ordinateur tactile fourni ou installation sur un ordinateur de bord). Le montant de l’abonnement varie ainsi de 300 à 350 euros par mois et par navire. Ces coûts couvrent uniquement les frais de fonctionnement du système. A titre de comparaison, les frais d’entretien d’un ferry s’élèvent à 50 000 euros par jour.
Pourquoi un nombre relativement faible de dispositifs anti-collisions sur les navires?

Malgré le faible coût en comparaison des frais des compagnies maritimes, le montant de l’abonnement REPCET reste le principal argument avancé par les compagnies qui ne souhaitent pas s’équiper. En effet, REPCET n’étant pas obligatoire, l’équipement des navires d’une compagnie dépend uniquement de la volonté de ses dirigeants de s’engager dans cette démarche environnementale. Montant d’autant plus faible qu’il permet à l’entreprise de communiquer sur ses engagements environnementaux auprès de ses passagers et/ou clients, chose que Souffleurs d’Ecume fait également en mettant régulièrement en avant les compagnies équipées dans sa communication (40 références médias ont été publiées sur REPCET en 2014 dont un reportage dans Thalassa et dans Des Racines et des Ailes).

Comment avez vous déjà pu obtenir l’équipement de 10 navires du système repcet ?

L’équipement des navires actuels a été rendu possible grâce à la volonté de certaines compagnies maritimes de limiter l’impact de leur activité sur les mammifères marins. REPCET est labellisé par le Pôle Mer Méditerranée et est soutenu par de nombreuses organisations nationales et internationales telles que:

  • les armateurs de France,
  • le Sanctuaire Pelagos,
  • l’Accord ACCOBAMS,
  • l’Agence des Aires Marines Protégées,
  • la Fondation Nicolas Hulot,
  • le Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie,
  • la Région PACA,
  • le Conseil Général du Var,
  • la Fondation Ensemble,
  • la Fondation des Salins,
  • l’Institut Océanographique Paul Ricard…

Tous ces soutiens ont permis de sensibiliser les compagnies maritimes à la problématique des collisions par l’intermédiaire de rencontres, de formations ou d’événements médiatisés et de les faire adhérer au réseau. On peut cependant regretter que la majorité des compagnies n’aient pas suivi l’exemple de ces pionniers.

Collision avec une baleine
Crédits: souffleurs d’écume

Quelles sont vos autres activités au sein de souffleurs d’écume ?

Depuis sa création en 2000, Souffleurs d’Ecume a développé plusieurs domaines de compétences dont les deux principaux sont aujourd’hui la réduction des risques de collision entre navires et grands cétacés et l’étude et la gestion de l’activité de whale-watching (ou tourisme baleinier).

Concernant les collisions, en plus de l’essaimage du système REPCET, Souffleurs d’Ecume intervient auprès des professionnels afin de les sensibiliser à la problématique. Chaque année depuis 10 ans, une formation gratuite intitulée «Navigation commerciale et cétacés» est conduite à l’Ecole Nationale Supérieure Maritime (ENSM) de Marseille. Cette formation comprend un module de deux heures pour les élèves de l’ENSM et un module d’une journée à l’attention des professionnels de la mer concernés (équipages des compagnies maritimes, CROSSMED, Marine Nationale, Préfecture Maritime, etc.).

Différents intervenants abordent les thématiques suivantes :

  • la Mer Méditerranée et les cétacés,
  • le Sanctuaire Pelagos,
  • vivre une collision en tant que Commandant de la marine marchande,
  • la problématique des collisions,
  • les solutions qui existent dans le monde pour les limiter et le système REPCET.

En 2014, environ 70 personnes ont assisté à la formation. Plus de 180 professionnels et environ 470 élèves de l’ENSM ont déjà suivi la formation depuis 2005. La prochaine formation aura lieu le 27 mars 2015. Toutes les informations sont disponibles sur notre site internet : www.souffleursdecume.com/formation_collisions.html

Concernant l’activité de whale-watching, l’association suit le développement de l’activité sur la façade méditerranéenne depuis 2005. En étroite concertation avec les opérateurs, elle a travaillé depuis 2007 à la mise en place d’un label qualité afin de valoriser les opérateurs les plus vertueux. Ce label a été créé en 2014 par le Sanctuaire Pelagos et l’Accord ACCOBAMS et Souffleurs d’Ecume est chargé de son application en Méditerranée française. Pour être labellisé «High Quality Whale-Watching», les opérateurs doivent suivre une formation de 3 jours et respecter un cahier des charges qui inclut notamment le Code de Bonne Conduite pour l’approche des cétacés édité par le Sanctuaire Pelagos, l’interdiction d’utiliser des moyens aériens pour détecter les cétacés ou de proposer de nager avec ces derniers. Ainsi, 11 opérateurs ont été labellisés en 2014 soit un tiers des opérateurs de whale-watching français en Méditerranée.

Vos relations avec Pelagos et ACCOBAMS

Le Sanctuaire Pelagos et l’Accord ACCOBAMS sont deux de nos principaux partenaires depuis la création de Souffleurs d’Ecume. La plupart de nos actions se déroule dans le cadre de leurs activités et avec leur soutien.

Source: Mer en direct